Initialement publié sur le site web de la Fondation Daniel Langlois pour l'art, la science et la technologie, Montréal, 2000 (http://www.fondation-langlois.org/f/projets/390-5-2000/artiste.html?fdl).


Eduardo Kac

Angela Plohman


Eduardo Kac est né en 1962 à Rio de Janeiro, Brésil. Au début des années 80, il s’adonne à la
performance et présente chaque semaine une série de performances publiques. L’une d’elles s’est
déroulée en 1982 sur la plage Ipanema pendant les festivités entourant le 60e anniversaire de la
Semaine de l’art moderne de 1922 du Brésil.(1)

En 1989, Kac étudie à Chicago, Illinois, à l’École du Art Institute of Chicago où il obtient une
maîtrise en beaux-arts l’année suivante. Kac est maintenant titulaire d’une bourse de
perfectionnement doctoral au Centre for Advanced Inquiry in Interactive Arts (CAiiA) de la
University of Wales, à Newport, Grande-Bretagne, et professeur adjoint en art et technologie à
l’École du Art Institute of Chicago. Ses œuvres ont été l’objet de nombreuses expositions en
Europe et en Amérique du Nord et du Sud et lui ont valu maints prix et récompenses, parmi
lesquels le Prix de l’excellence Leonardo/ISAST en 1998 et le Prix de la Biennale du Inter
Communication Center (Tokyo) en 1999.

D’abord intéressé par la performance traditionnelle, Kac s’oriente ensuite vers l’exploration
artistique de la technologie par le truchement de la poésie. Insatisfait par l’unidimensionnalité du
mot imprimé, Kac se tourne vers l’holographie. En 1983, il crée le terme « holopoésie »(2) pour
décrire ses textes flottants tridimensionnels, marquant ainsi le début d’une relation intense entre
la pratique artistique et les possibilités de la technologie. Les œuvres créées à cette époque
comprennent Holo/Olho (Holo/Eye) (1983) et Chaos (1986).(3) De là, il se concentre sur l’art
des télécommunications et en 1986 produit sa première œuvre de téléprésence intégrant la
robotique commandée à distance.(4)

L’art des télécommunications (utilisation d’appareils de télécommunications tels que télécopieur,
téléphone, radio ou télévision) est une forme artistique qui, aux dires de Kac, « démontre le
passage nécessaire de la représentation graphique à l’expérience de communication ».(5)
L’expérience, par opposition à « l’objet », est beaucoup plus instable, ouverte et éphémère, mais
néanmoins très liée au corps. À cet égard, Kac note : « il faut voir ici le terme ‘immatériel’ comme
s’appliquant non pas à quelque chose qui ne se donne pas aux sens, mais plutôt à quelque chose
dont on ne peut rendre la réalité finale par des éléments tangibles ».(6) La décision de privilégier
la communication plutôt que la matérialité a poussé Kac à reconsidérer les notions traditionnelles
de « spectateur » et d’« objet d’art » et à créer tout simplement ses propres formes d’art.

En 1989, Kac commence à travailler sur une série d’œuvres de téléprésence intitulée Orintorrinco
(1989-1998).(7) De concert avec Ed Bennett, concepteur de matériel informatique, Kac crée un
télérobot qui réagit aux signaux acheminés par divers appareils de télécommunications. Le public,
qui se trouve dans divers lieux géographiques pendant la durée du projet, est invité à transmettre
de l’information au robot pour ensuite l’extraire selon le point de vue du robot. En 1994, Kac ajoute
au projet l’utilisation d’Internet. En 1996, il poursuit l’exploration de la télérobotique avec Rara
Avis (1996), une installation de téléprésence en réseau présentée au Nexus Contemporary Art
Center d’Atlanta, en Géorgie, et avec Teleporting an Unknown State (du 4 au 9 août 1996), une
installation télématique interactive reliant le Contemporary Art Center de la Nouvelle-Orléans, en
Louisiane, au réseau Internet.

Après avoir largement exploré les possibilités de la télématique et de la téléprésence, Kac
commence à exploiter ses intérêts dans les nouveaux domaines que sont la génétique et les
biotechnologies. Le 11 novembre 1997, il présente Time Capsule (1997) en direct à la télévision
brésilienne (Canal 21). En présence d’un médecin et d’un auditoire, Kac implante un microcircuit
dans sa jambe gauche afin d’inscrire son corps et son identité dans une base de données
d’identification d’animaux qui sert à retracer les animaux perdus. Après l’implantation, le
microcircuit a été lu optiquement dans Internet à partir de Chicago. Quelques minutes plus tard,
Kac était officiellement inscrit à la fois comme propriétaire et comme animal. La nature très
publique et performative de son travail reflète les premières performances de Kac à Rio de
Janeiro. Cette fusion satirique de la peau et de la technologie est l’une des premières explorations
de l’artiste en art biotechnologique. Ses œuvres génétiques ultérieures traduisent son désir
d’associer viscéralement le corps à la technologie.

Kac collabore de nouveau avec Ed Bennett en 1997 pour réaliser A-positive. De cette œuvre, Kac
dit :

«[elle] sonde la relation subtile entre le corps humain et les nouvelles formes de
machines hybrides qui intègrent des éléments biologiques desquels elles tirent des
fonctions sensorielles ou métaboliques. L’œuvre engendre une situation dans laquelle
un être humain et un robot sont en contact physique direct, par le truchement d’une
aiguille intraveineuse reliée à une tubulure transparente, et se nourrissent l’un l’autre
dans une relation réciproquement fortifiante. Nous désignons la nouvelle catégorie de
robots biologiques hybrides par l’épithète générale "biobots". Comme celui créé pour
A-positive utilise des cellules sanguines humaines, nous l’appelons "phlébot".»(8)

Depuis ses premières expériences avec l’holopoésie, Kac ne cesse d’explorer l’introduction de
nouveaux termes en critique de l’art contemporain. À sa carrière prolifique à titre d’artiste s’ajoute
son rôle dynamique en tant que critique et théoricien. Ses articles ont paru dans nombre de
publications telles que Leonardo, Visible Language et Art Journal.(9) Tant dans ses œuvres
que ses écrits, Kac met en valeur trois nouveaux domaines de l’art contemporain, qu’il nomme l’art
de la téléprésence, la biotélématique et l’art transgénique. Kac définit la téléprésence comme la
fusion de la télérobotique et des médias de communications; la biotélématique comme un art
faisant intervenir un processus biologique lié de façon intrinsèque à des moyens de
télécommunications informatisés; et l’art transgénique comme une forme artistique faisant appel
au génie génétique pour transférer soit des gènes synthétiques à un organisme, soit du matériel
génétique naturel entre espèces en vue de créer des hybrides vivants uniques.(10) Cette
dernière forme ´ d’art ª découle des questions explorées par Kac dans A-positive et Time
Capsule.

Kac a fait œuvre de pionnier, souvent controversé, avec ses travaux récents Genesis 1 et
Genesis 2 dans un contexte artistique, pourtant très social et politique à une époque où des
expériences génétiques discutables sont tenues dans le monde entier. Dans les projets GFP
K-9 (1998-présent) et GFP Bunny (1999-présent), il étend ses explorations transgéniques à
des mammifères. Les deux projets font intervenir une protéine GFP (protéine verte fluorescente),
qu’on trouve couramment dans la méduse du nord-ouest du Pacifique, pour explorer des questions
de contrôle génétique et les biotechnologies. Kac compte produire un chien (GFP K-9) qui
possédera la protéine GFP dans son ADN. Le chien émettra une luminescence verte lorsqu’il sera
exposé à une lumière ultraviolette ou bleue. Compte tenu des progrès à réaliser en matière de
cartographie du génome canin, ce projet est une œuvre en progression.(11)

GFP Bunny, maintenant connu sous le nom de Alba depuis sa naissance en février 2000, est la
tentative fructueuse de produire un lapin porteur de la protéine GFP. Kac précise qu’il voulait
démontrer par cette installation que l’art transgénique ne suppose pas uniquement la création de
créatures mutantes et hybrides en tant qu’objets. Il compte intégrer Alba à sa famille et défendre la
responsabilité en matière d’expérimentation génétique au sein du milieu artistique.(12)

Eduardo Kac poursuit sa recherche pour le projet Genesis et entreprend Genesis 2, qui
portera sur la protéine produite par le gène synthétique engendré pour Genesis 1. Kac est résolu
à sensibiliser le public aux questions qu’il met en lumière dans ses œuvres et à explorer un
nouveau discours artistique pour la culture contemporaine.


1 L'événement a eu lieu le 13 février
1982. Consulter http://www.ekac.org/
performance.html

2 Annick Bureaud, " Eduardo Kac,
défricheur et visionnaire ", Artpress
no 246 (mai 1999) : 35. Consulter
http://www.ekac.org/
artpress/kac.htm

3 Pour une liste complète des
holopoèmes de Kac, consulter
http://www.ekac.org/
allholopoems.html

4 Eduardo Kac, "Dialogical
Telepresence and Net Ecology" in
Ken Goldberg, ed., The Robot in the
Garden: Telerobotics and
Telepistomology in the Age of the
Internet (Cambridge,
Massachusetts: MIT Press, 2000):
183.

5 Eduardo Kac, "Aspects of the
Aesthetics of Telecommunications,"
Siggraph Visual Proceedings, John
Grimes et Gray Lorig, eds. (New York:
ACM, 1992): 48. Consulter
http://www.ekac.org/
Telecom.Paper.Siggrap.html

6 Eduardo Kac, "Parallels Between
Telematics and Holography as Art
Forms," New Observations no 76 (15
mai au 30 juin 1990): 7.

7 Orintorrinco signifie ornithorynque
en portugais. Experience 1 (1990);
Orintorrinco in Copacabana
(1991-1992); Orintorrinco on the
Moon (1993); Orintorrinco in Eden
(1994); Orintorrinco in the Sahara
(1996); Orintorrinco, the Webot,
Travels Around the World in Eighty
Nanoseconds Going from Turkey to
Peru and Back (1996).

8 Consulter http://www.ekac.org/
apositive.html

9 Consulter le site Web d'Eduardo
Kac http://www.ekac.org/
vitae.html pour la liste complète de
ses publications.

10 Voir la demande soumis à la
fondation Daniel Langlois par Eduardo
Kac (31 janvier 2000).

11 Eduardo Kac, "Transgenic Art,"
Leonardo Electronic Almanac Vol. 6,
no 11 (décembre 1998): n/p/n.
Consulter http://www.ekac.org/
transgenic.html

12 Consulter http://www.ekac.org/
gfpbunny.html .


Angela Plohman, Agent de programmes, La fondation Daniel Langlois pour l'art, la science et la technologie, Montréal.


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